Ron Mueck, In Bed, 2005.
Photo © Gautier Deblonde.

Exposition à Milan

Ron Mueck

Du au

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Atelier de Ron Mueck, Royaume-Uni, 2023.
Photo © Gautier Deblonde.

Par Charlie Clarke, Commissaire associé

La présentation de l’installation monumentale Mass à la Fondation Cartier est l’occasion pour le public de découvrir cette œuvre dans le contexte des productions récentes et antérieures de Ron Mueck et de comprendre l’évolution de sa pratique au cours des dernières années. L’ouverture de Ron Mueck à de nouveaux sujets s’est accompagnée d’une exploration de nouvelles manières de sculpter et de présenter son travail.

Dans l’écrin de verre du boulevard Raspail, Mass – une œuvre conçue pour s’adapter à chaque nouvel espace d’exposition – est pour la première fois visible de l’extérieur – à travers les huit baies vitrées du bâtiment de Jean Nouvel – et de l’intérieur, avec le jardin en arrière-plan. Mass entre ainsi en dialogue subtil avec cet environnement pour créer une expérience in situ unique.

La capacité des sculptures de Ron Mueck à évoquer l’universalité de la condition humaine a déjà fait l’objet de nombreux écrits. Bien qu’elle semble s’en écarter, l’installation Mass, évocation du corps post-mortem, est pourtant tout aussi ambitieuse dans sa portée. Comme toutes les œuvres de l’artiste, elle défie toute explication univoque, son intrinsèque ambiguïté invitant les visiteurs à réagir à partir de leur sensibilité propre. D’une certaine façon, Ron Mueck a toujours plongé le visiteur dans des expériences immersives, la plus petite de ses sculptures ayant le pouvoir de nous projeter dans un espace intime et personnel même au milieu d’une salle de musée pleine. Alors que la petite sculpture murale intitulée Baby semble nous envelopper de son aura, l’œuvre monumentale A Girl capte toute l’attention sur elle.

L’œuvre récente Untitled (Three Dogs) semble aller encore plus loin. Concentrant l’attention du visiteur sur le mouvement et la tension, le dos minutieusement hérissé de ces animaux menaçants fait perdurer le choc de la découverte, l’effet initial restant intact alors que le public se rapproche et tourne autour de l’œuvre. Tous les visiteurs de la première exposition de Ron Mueck à la Fondation Cartier en 2005 se rappelleront Wild Man, une sculpture géante présentée dans l’énorme cube de verre du bâtiment. La surprise de la rencontre se lisait aussi bien sur les visages des visiteurs que sur celui du colosse dénudé, créant ainsi une expérience totale. Les sculptures de Ron Mueck ne représentent jamais des scènes en mouvement que l’artiste aurait figées, mais, au contraire, des instants immobiles que les visiteurs ont le loisir d’observer pour en sonder la profondeur. Malgré la menace d’une action imminente, Untitled (Three Dogs) ne fait pas exception. Le magistral rendu de la musculature et de l’anatomie permet l’expression d’une grande tension et d’un effet d’anticipation de l’événement sur le point de se produire plus que jamais transmis par le jeu de lumière sur la forme sculptée. Avec This Little Piggy, Ron Mueck permet pour la première fois à son public d’observer une œuvre en cours de création, laissant entrevoir de nouvelles possibilités si l’artiste se détournait un jour du rendu hyperréaliste des surfaces. Bien que manifestement inachevée (cette figurine étant de manière visible moins réaliste que les autres, comme si la pose et l’attitude étaient ce qui importe le plus), l’accent semble porté sur le mouvement d’ensemble, la dynamique de la scène s’exprimant à travers le positionnement minutieux des membres et des corps. L’impression d’action est accrue par la complexité des formes et des rythmes qui changent alors que le visiteur se déplace autour de la scène.

La Fondation Cartier nous montre ainsi l’artiste en pleine évolution. Mais l’exposition révèle également une grande continuité nous permettant de saisir l’ensemble de l’œuvre de Ron Mueck avec une plus grande clarté.

Atelier de Ron Mueck, Ventnor, île de Wight, Royaume Uni, 2023
Photo © Gautier Deblonde.

MASS

2017
Technique mixte
Dimensions variables
National Gallery of Victoria, Melbourne
Legs Felton, 2018

« Le crâne humain est un objet complexe.
Une icône puissante, graphique que l’on identifie immédiatement.
Familier et étrange à la fois, il rebute autant qu’il intrigue.
Il est impossible à ignorer, accaparant inconsciemment notre attention. »
– Ron Mueck

Commandité par la National Gallery of Victoria (Melbourne) en 2017, Mass se compose de cent crânes humains géants empilés et redistribués par l’artiste dans l’espace en fonction de l’architecture de chaque lieu d’exposition. Le titre est en soi une anticipation des multiples significations que l’œuvre peut susciter. Le mot anglais « mass » peut désigner un tas, un amoncellement, une foule ou une cérémonie religieuse. L’iconographie du crâne est elle-même ambiguë par son association à la brièveté de la vie humaine dans l’histoire de l’art (le memento mori) et par son omniprésence dans la culture populaire.

Les différentes tonalités chromatiques et les détails des os du visage suggèrent qu’il s’agit d’un ensemble d’individus, c’est leur présence en tant que groupe qui est écrasante. Ainsi, Mass se différencie des travaux précédents de l’artiste, qui représentait systématiquement les êtres humains dans leur individualité.