Nuit de l’Incertitude

La Nuit Yanomami


Lieu : Fondation Cartier pour l'art contemporain, voir plan d’accès

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Avec Claudia Andujar (photographe), Davi Kopenawa (chaman et porte-parole des Yanomami, un des peuples amérindiens les plus importants de l’Amazonie brésilienne) et Dario Kopenawa (vice-président de l’association Hutukara Yanomami et porte-parole des Yanomami).

Une discussion modérée par Thyago Nogueira (directeur du Département de photographie contemporaine de l’Instituto Moreira Salles (Brésil) et commissaire de l’exposition), en présence de Bruce Albert (anthropologue) et Carlo Zacquini (missionnaire), compagnons de lutte de Claudia Andujar et Davi Kopenawa.

Pour l’ouverture de l’exposition Claudia Andujar, La Lutte Yanomami, la Fondation Cartier a le plaisir d’annoncer la présence exceptionnelle de Davi Kopenawa, chaman et porte-parole des Yanomami du Brésil, aux côtés de Claudia Andujar, réunis pour une soirée dédiée à la défense des peuples amérindiens et de l’Amazonie, aujourd’hui plus que jamais menacés.

Davi Kopenawa* est, avec Raoni Metuktire, l’un des plus importants défenseurs actuels de l’Amazonie et des peuples qui l’habitent. Né dans le nord de l’État d’Amazonas au Brésil, il vit aujourd’hui dans la communauté de Watoriki. Entre 1987 et 1990, près de 20% de la population Yanomami a péri au Brésil sous le coup des violences et des maladies qui ont accompagné l’invasion de leurs terres par 40 000 chercheurs d’or. Bouleversé par ce drame, Davi Kopenawa s’engage alors dans une lutte sans répit pour la défense de son peuple.

Depuis les années 1970, la photographe brésilienne Claudia Andujar dédie sa vie à la photographie et à la défense des Yanomami. Quand elle les rencontre, les Yanomami sont déjà menacés d’extinction physique et culturelle par les projets de développement amazonien de la dictature militaire brésilienne de l’époque. La région s’ouvre au réseau routier transamazonien et aux projets de colonisation agricole, favorisant la propagation d’épidémies et provoquant la décimation de communautés entières. En 1978, Claudia Andujar fonde avec ses amis de lutte, l’anthropologue Bruce Albert et le missionnaire Carlo Zacquini, l’ONG Comissão Pro-Yanomami (CCPY) pour soutenir un projet de légalisation et de protection des terres Yanomami. Claudia Andujar et Davi Kopenawa parcourent alors ensemble le monde en quête de soutien international. En 1992, Davi Kopenawa et la CCPY obtiennent la reconnaissance légale d’un territoire de 96 650 km2 de forêt tropicale réservé à l’usage exclusif des Yanomami et garanti par un décret présidentiel. Mais l’intégrité de ce territoire est aujourd’hui de nouveau gravement menacée par une invasion massive de chercheurs d’or, cette fois explicitement soutenue par le gouvernement brésilien.

Depuis 15 ans, sur les traces de son père, Dario Kopenawa lutte et dénonce l’exploitation minière sur le territoire Yanomami, œuvre dans les domaines de la santé et de l’éducation de son peuple. Acteur majeur d’une nouvelle génération de Yanomami qui poursuivent le combat, il témoigne des luttes Yanomami à venir.

Cette Nuit Yanomami leur est dédiée.

« Vous êtes venus nous visiter. Je vous ai donné ces paroles (…). Maintenant, transmettez-les aux gens de votre terre. Montrez-leur nos images et celles de la forêt. Faites-leur entendre l’appel des animaux et les chants des esprits. Qu’ils se disent : “Haixopë ! La forêt est belle. Que les Yanomami continuent à y vivre en la protégeant de la menace des Blancs !” Si vous entendez que les gens de près veulent l’envahir et la détruire, parlez à vos anciens et à ceux du Brésil. Dites-leur avec force : “Nous connaissons les Yanomami. Nous avons dormi dans leurs maisons et nous avons mangé leurs nourritures. Nous avons fait amitié avec eux. Nous voulons qu’ils vivent dans la forêt comme ils l’entendent !” C’est avec cette pensée que nous vous avons donné nos images et nos paroles. C’est ainsi. » (Citation extraite du catalogue de l’exposition Yanomami, L’Esprit de la forêt, éd. Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris, 2003)

*Parmi de nombreux prix qui lui ont été attribués au Brésil et à l'étranger, dont le Prix Global 500 du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (1988), Davi Kopenawa a remporté, le 4 décembre 2019, le Right Livelihood Award, considéré comme le « Prix Nobel alternatif ».

En 2003, Davi Kopenawa a été, avec l’anthropologue Bruce Albert, l’inspirateur de l’exposition Yanomami, L’Esprit de la forêt à la Fondation Cartier. Cette exposition présentait des œuvres d’artistes occidentaux et Yanomami autour d’un dialogue visuel sur la connaissance chamanique de la forêt amazonienne. En 2019, des dessins de plusieurs artistes Yanomami ont été également présentés dans l’exposition Nous les Arbres.

Davi Kopenawa est coauteur avec Bruce Albert du livre La Chute du ciel. Paroles d’un chaman Yanomami (Plon, « Terre Humaine Poche », Paris, 2010), une biographie qui retrace son initiation chamanique et son combat politique.

Crédits : © Carlo Zacquini / © Raymond Depardon