Susi Korihana thëri, infrared film, Catrimani, Roraima State, Brazil,1972-1974. Photo © Claudia Andujar.
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Aperçu de l’exposition

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente en décembre 2019 la plus vaste exposition jamais consacrée à l’œuvre de la photographe brésilienne Claudia Andujar qui a, depuis les années 1970, dédié sa vie à la photographie et à la défense des indiens yanomami, peuple amérindien parmi les plus importants de l’Amazonie brésilienne. Conçue par Thyago Nogueira pour l’Institut Moreira Salles au Brésil, Claudia Andujar, La Lutte Yanomami réunit plus de 200 photographies en noir et blanc ou en couleur, dont un grand nombre d’inédits, une installation audiovisuelle, ainsi que des dessins réalisés par des artistes Yanomami et des documents historiques.

Fruit de plusieurs années de recherche dans les archives de la photographe, l’exposition reflète les deux versants indissociables de sa démarche, l’un esthétique, l’autre politique. Elle révèle à la fois la contribution majeure de Claudia Andujar à l’art photographique et le rôle essentiel qu’elle a joué et joue encore en faveur de la défense des droits des indiens yanomami et de la forêt qu’ils habitent.

L’exposition en détails

Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me semble essentiel. Peut-être ai-je toujours cherché la réponse au sens de la vie dans ce noyau fondamental. J’ai été poussée là- bas, dans la forêt amazonienne, pour cette raison. C’était instinctif. C’est moi que je cherchais.
Claudia Andujar

Née en 1931 à Neuchâtel (Suisse), Claudia Andujar vit à São Paulo. Après une enfance en Transylvanie, elle rejoint la Suisse avec sa mère pendant la seconde guerre mondiale pour fuir les persécutions nazies en Europe de l’Est. Son père, juif hongrois, est déporté à Dachau où il est exterminé avec la plupart des membres de sa famille. Après la guerre, Claudia immigre aux États-Unis et s’installe définitivement en 1955 au Brésil où elle entame une carrière de photojournaliste.

Elle rencontre pour la première fois les Indiens Yanomami en 1971 alors qu’elle participe à un reportage sur l’Amazonie pour le magazine Realidade. Fascinée, elle décide d’entreprendre un travail photographique approfondi sur le monde des Yanomami, grâce à une bourse de la Fondation Guggenheim. Son approche diffère nettement du style documentaire de ses contemporains. Elle expérimente diverses techniques dans le but de traduire ce qu’elle perçoit de la vie spirituelle des indiens yanomami. Elle réalise également un grand nombre de portraits en noir et blanc. Dans le même temps, Claudia Andujar propose aux Yanomami de représenter eux-mêmes leur univers chamanique à travers une série de dessins dont une sélection est présentée dans l’exposition.

Maloca near the Catholic mission at the Catrimani River, infrared film, Roraima State, Brazil, 1976. Photo © Claudia Andujar.

La fin des années 1970 marque un tournant dans la carrière de la photographe. L’ouverture de la route transamazonienne dans le sud du territoire yanomami y propage des épidémies qui détruisent des communautés entières. Claudia Andujar décide alors de se consacrer entièrement à la lutte en faveur de la défense des droits des Yanomami et de la protection de leur forêt. Son activisme prend le pas sur son travail artistique et la photographie devient pour elle une préoccupation secondaire, dont la vocation est désormais de soutenir la cause des Yanomami. C’est à cette époque que Claudia Andujar réalise, lors d’une campagne de vaccination, les photographies d’identité qui donneront lieu plus tard à l’une de ses séries les plus célèbres, celle des Marcados («Marqués»), portraits en noir et blanc de Yanomami portant un numéro autour du cou.

En 1992, grâce au combat sans relâche mené par Claudia Andujar, le missionnaire Carlo Zacquini, l’anthropologue Bruce Albert, et le chamane et porte-parole des indiens Davi Kopenawa, le gouvernement brésilien a accepté de reconnaître légalement le territoire des Yanomami, condition essentielle de la survie physique et culturelle de ce peuple. L’intégrité de ce territoire, homologué à la veille de la conférence générale des Nations Unies sur l’environnement tenue la même année à Rio, est encore aujourd’hui menacée par une invasion massive de chercheurs d’or et la déforestation causée par les grands éleveurs.