Photo © Luc Boegly.
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Photo © Thibaut Voisin.
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Aperçu de l’exposition

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la plus vaste exposition jamais consacrée à l’œuvre de la grande photographe brésilienne Claudia Andujar qui, depuis les années 1970, dédie sa vie à la photographie et à la défense des Yanomami, peuple amérindien parmi les plus importants de l’Amazonie brésilienne.

Visites guidées

Compte tenu des recommandations sanitaires gouvernementales liées au virus Covid-19, la Fondation Cartier ferme ses portes au public et annule les prochains événements de sa programmation dès le vendredi 13 mars à 20h, et ce jusqu’à nouvel ordre.

L’exposition en détails

Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me semble essentiel. Peut-être ai-je toujours cherché la réponse au sens de la vie dans ce noyau fondamental. J’ai été poussée là-bas, dans la forêt amazonienne, pour cette raison. C’était instinctif. C’est moi que je cherchais.
Claudia Andujar

Fruit de plusieurs années de recherche dans les archives de la photographe, cette exposition, conçue par Thyago Nogueira pour l’Instituto Moreira Salles au Brésil, présente son œuvre à travers plus de 300 photographies en noir et blanc ou en couleur dont un grand nombre d’inédits, une installation audiovisuelle ainsi que des dessins réalisés par des artistes Yanomami et des documents historiques. Reflétant les deux versants indissociables de sa démarche, l’un esthétique, l’autre politique, elle révèle à la fois la contribution majeure de Claudia Andujar à l’art photographique et le rôle essentiel qu’elle joue en faveur de la défense des droits des Indiens Yanomami et de la forêt qu’ils habitent.

Maloca near the Catholic mission at the Catrimani River, infrared film, Roraima State, Brazil, 1976.
Claudia Andujar est venue au Brésil, elle est passée par São Paulo, puis par Brasília et Boa Vista avant de parvenir jusqu’à la terre Yanomami. Elle est alors arrivée à la mission Catrimani. Elle a pensé à son projet, à ce qu’elle ferait, à ce qu’elle planterait. Comme on plante des bananiers, comme on plante des anacardiers. Elle portait les vêtements des Indiens, pour se lier d’amitié. Elle n’est pas Yanomami, mais c’est une véritable amie. Elle a pris des photographies des accouchements, des femmes, des enfants. Puis elle m’a appris à lutter, à défendre mon peuple, ma terre, ma langue, les coutumes, les fêtes, les danses, les chants et le chamanisme. Elle a été comme une mère pour moi, elle m’a expliqué les choses. Je ne savais pas lutter contre les politiciens, contre les non-amérindiens. C’est bien qu’elle m’ait donné un arc et une flèche non pas pour tuer des Blancs, mais l’arc et la flèche de la parole, de ma bouche et de ma voix pour défendre mon peuple Yanomami. Il est très important que vous regardiez son travail. Il y a beaucoup de photographies, beaucoup d’images de Yanomami qui sont morts, mais ces photographies sont importantes afin que vous connaissiez et respectiez mon peuple. Celui qui ne le connaît pas connaîtra ces images. Mon peuple est là, vous ne lui avez jamais rendu visite, mais l’image des Yanomami est ici. C’est important pour vous et pour moi, pour vos fils et vos filles, pour les jeunes, les enfants, pour apprendre à regarder et à respecter mon peuple Yanomami brésilien qui habite sur cette terre depuis si longtemps.
Davi Kopenawa Yanomami

Une interprétation de la culture Yanomami

Née en 1931 à Neuchâtel, Claudia Andujar vit à São Paulo. Après une enfance en Transylvanie, elle rejoint la Suisse avec sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale pour fuir les persécutions nazies en Europe de l’Est. Son père, juif hongrois, est déporté à Dachau où il est exterminé avec la plupart des membres de sa famille. Après la guerre, Claudia Andujar immigre aux États-Unis et s’installe définitivement en 1955 au Brésil, où elle entame une carrière de photojournaliste.

Elle rencontre pour la première fois les Indiens Yanomami en 1971, alors qu’elle participe à un reportage sur l’Amazonie pour le magazine Realidade. Fascinée, elle décide d’entreprendre un travail photographique approfondi sur le monde des Yanomami grâce à une bourse de la Fondation Guggenheim. Son approche diffère nettement du style documentaire de ses contemporains. Les photographies prises à cette période montrent les diverses techniques qu’elle expérimente pour traduire ce qu’elle perçoit de l’expérience chamanique des Indiens Yanomami. En appliquant de la vaseline sur l’objectif de son appareil, en utilisant une pellicule infrarouge ou en jouant avec la lumière, elle crée des distorsions visuelles qui imprègnent ses images d’une certaine surréalité.

Claudia Andujar réalise également de nombreux portraits en noir et blanc à travers lesquels elle saisit la noblesse et l’humanité des Yanomami. Elle privilégie les plans resserrés de visages ou de fragments de corps, et crée des effets de clair-obscur pour instaurer un sentiment d’intimité et mettre en valeur avec empathie l’intériorité de ses sujets. Dans le même temps et afin de mieux comprendre leur culture, elle propose aux Yanomami de représenter eux-mêmes leur univers métaphysique en leur fournissant papier, stylos et feutres. Une sélection de ces dessins montrant des scènes mythologiques ou rituelles et des visions chamaniques est présentée dans l’exposition.

Candinha and Mariazinha Korihana thëri clean curassow, whose feathers are used to fledge arrows, Catrimani, Roraima State, Brazil, 1974.

Le militantisme politique

La fin des années 1970 marque un tournant dans la carrière de Claudia Andujar. La construction, par le gouvernement militaire brésilien, de la route transamazonienne dans le sud du territoire Yanomami ouvre la région à la déforestation ainsi qu’à des projets de colonisation agricole, et provoque la destruction de communautés entières en favorisant la propagation d’épidémies. Cette situation dramatique n’est pas sans rappeler à Claudia Andujar le génocide auquel elle a assisté en Europe, et cette prise de conscience la pousse à s’engager entièrement dans la lutte en faveur de la défense des droits des Yanomami et de la protection de leur forêt. En 1978, elle fonde avec le missionnaire Carlo Zacquini et l’anthropologue Bruce Albert la Commissão Pro-Yanomami (CCPY) et se lance dans une campagne longue de près de quinze ans pour la délimitation de leur territoire, condition essentielle de la survie physique et culturelle de ce peuple. Son militantisme prend alors le pas sur son travail artistique et la photographie devient pour elle une préoccupation secondaire, dont la vocation est désormais de soutenir la cause des Yanomami.

C’est à cette époque que Claudia Andujar réalise, lors d’une campagne de vaccination, des photographies en noir et blanc de Yanomami portant autour du cou un numéro servant à les identifier sur des fiches médicales. Elle reprendra plus tard ces photographies dans l’une de ses séries les plus célèbres, celle des « Marcados [Marqués] ». L’ambigüité de ces images réside dans le malaise que crée l’identification numérique des individus, qui n’est pas sans rappeler le tatouage des juifs pendant la Shoah bien que le procédé soit ici, à l’inverse, mis en place pour la survie d'un peuple. Des photographies inédites issues de cette série seront dévoilées pour la première fois dans l’exposition.

En réaction aux décrets signés en février 1989 par le gouvernement brésilien pour démembrer le territoire Yanomami en un archipel de dix-neuf micro-réserves, Claudia Andujar crée Genocide of the Yanomami: Death of Brazil (1989-2018), un manifeste audiovisuel réalisé à partir de photographies tirées de ses archives qu'elle re-photographie à l’aide de filtres et d’éclairages divers. Véritable point d'orgue de l'exposition, cette œuvre, présentée dans une nouvelle version réalisée à cette occasion, montre le bouleversement d’un monde amérindien dévasté par la prédation de la civilisation occidentale. Une bande-son composée par Marlui Miranda à partir de chants Yanomami et de musique expérimentale accompagne l’installation.

En 1992, grâce au combat mené sans relâche par Claudia Andujar, Carlo Zacquini, Bruce Albert et le chaman et porte-parole des Indiens Yanomami Davi Kopenawa, le gouvernement brésilien a accepté de reconnaître légalement le territoire des Yanomami. L’intégrité de ce territoire, homologué à la veille de la conférence générale des Nations unies sur l’environnement tenue la même année à Rio, est encore aujourd’hui menacée par une invasion massive de chercheurs d’or et la déforestation causée par les grands éleveurs.

En retraçant le combat d'une vie et en dévoilant la richesse formelle du travail de Claudia Andujar, l'exposition Claudia Andujar, La Lutte Yanomami montre pour la première fois son œuvre dans toute sa beauté et sa complexité. Elle offre une immersion dans l’univers cosmologique et la vie quotidienne des Yanomami ainsi qu’une puissante mise en accusation politique des abus dont ils sont victimes.

La Fondation Cartier pour l’art contemporain soutient la cause Yanomami et le travail de Claudia Andujar depuis 20 ans. Claudia Andujar et des artistes Yanomami, tels que Taniki, Joseca, Ehuana et Kalepi ont participé à plusieurs expositions et figurent parmi les artistes de la collection de la Fondation Cartier.

La Fondation Cartier a le plaisir d’annoncer la présence exceptionnelle de Claudia Andujar, Davi Kopenawa, Bruce Albert et Thyago Nogueira lors des événements d’ouverture de l’exposition. Ils participeront également à la Nuit Yanomami organisée à cette occasion.

Pour accompagner l’exposition, la Fondation Cartier publie un catalogue en trois versions (français, anglais, italien), qui présente les photographies de l’artiste et des extraits de ses carnets, ainsi que des dessins Yanomami réalisés à sa demande dans les années 1970. Des textes de Claudia Andujar, Thyago Nogueira et Bruce Albert, ainsi qu’une carte du territoire Yanomami et une chronologie documentent à la fois l’engagement de l’artiste et l’histoire de l’un des derniers grands peuples de la forêt amazonienne. Le catalogue est en lice pour le prix Paris Photo-Aperture du catalogue photographique de l'année.

Dans le cadre du partenariat entre la Fondation Cartier et Triennale Milano, Claudia Andujar, La Lutte Yanomami sera présentée à Milan à partir de l’automne 2020. L’exposition voyagera également au Fotomuseum Winterthur (Suisse) à partir du 6 juin 2020, et à la Fondation Mapfre (Espagne) à partir du 11 février 2021.

L’exposition est organisée en collaboration avec l’Instituto Moreira Salles (Brésil) et bénéficie du soutien de l’Association Yanomami Hutukara (Boa Vista) et de l’Instituto Socioambiental (São Paulo et Boa Vista).


Commissaire de l’exposition : Thyago Nogueira, Directeur du département de photographie contemporaine de l’Instituto Moreira Salles (Brésil) assité de Valentina Tong

Conservatrice : Leanne Sacramone, assitée de Juliette Lecorne


Exposition organisée en collaboration avec l’Instituto Moreira Salles (São Paulo)