Au Mexique

FERNELL FRANCO
CALI CLAIR–OBSCUR

Commissaires de l’exposition : Alexis Fabry et María Wills Londoño

Du 27 juillet au 2 novembre 2016, l’exposition Fernell Franco, Cali Clair-obscur est présentée au Centro de la Imagen de Mexico.

Du 6 février au 5 juin 2016, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la première rétrospective européenne consacrée à Fernell Franco, figure majeure et pourtant méconnue de la photographie latino-américaine. Photojournaliste de profession, Fernell Franco réalise en parallèle un travail personnel expressif dédié à la précarité et aux contrastes urbains de Cali, ville où il a vécu et travaillé presque toute sa vie. L’exposition réunit plus de 140 photographies issues de 10 séries différentes réalisées entre 1970 et 1996, et met en lumière l’importance du travail de Fernell Franco au sein de la riche scène artistique de Cali qui émerge au début des années 1970. En hommage à Fernell Franco, l’artiste colombien Oscar Muñoz réalise une nouvelle œuvre spécialement pour l’exposition.

LES DÉBUTS
« La nuit, à la campagne, on assiste au spectacle des étoiles dans le ciel. Ce que j’ai compris en arrivant à Cali, c’est que les étoiles étaient sur Terre. » Fernell Franco.
Enfant pendant la guerre civile la Violencia qui fait rage en Colombie entre 1948 et 1953, Fernell Franco fait partie des milliers de réfugiés qui fuient la campagne pour s’installer dans les quartiers pauvres et marginalisés de Cali. Il commence très tôt à travailler et apprend la photographie en autodidacte alors qu’il est coursier dans un studio photographique, puis en tant que fotocinero (photographe professionnel ambulant). En 1962, il travaille comme photoreporter pour El País et Diario Occidente, puis comme photographe de mode et de publicité pour des magazines comme Diners et Elite. Son métier le confronte alors quotidiennement à la violence et aux inégalités de la société colombienne l’artiste documente ainsi tout autant les émeutes urbaines et les violences du pays, que les cocktails de l’élite de Cali.
Stimulée par l’arrivée de réfugiés fuyant la Violencia et par l’essor de l’industrie sucrière, Cali connaît à cette époque une forte croissance démographique et économique ainsi que de nombreuses mutations urbaines. C’est à ce moment qu’émerge une communauté artistique extraordinairement riche, transformant l’ancienne périphérie de la ville en important centre culturel. Rapidement intégré à cette scène artistique dynamique grâce à son travail de photoreporter, Fernell Franco y côtoie l’écrivain Andrés Caicedo, les cinéastes Luis Ospina et Carlos Mayolo ou encore les artistes Ever Astudillo et Oscar Muñoz avec lesquels il partage une fascination pour la culture populaire et un intérêt pour la ville – des thématiques alors encore peu explorées dans l’art, la littérature et le cinéma colombiens.

Suite

AU-DELÀ DE LA PHOTOGRAPHIE : UN LANGAGE VISUEL
« J’étais à la recherche de choses banales – des choses qui se passaient dans la ville au quotidien, qui arrivaient dans la vie des gens normaux. Des choses différentes du travail que je faisais dans la publicité et la photographie de mode. » Fernell Franco
Poussé par une recherche artistique intime, Fernell Franco réalise plusieurs séries photographiques saisissantes consacrées aux communautés marginalisées, aux destructions, aux transformations urbaines. Son style se différencie de celui de la photographie documentaire sociale – qui prédomine alors en Amérique latine – où l’image transmettait son message de la façon la plus directe possible. L’artiste invente un langage visuel plus suggestif, fait de ruines décrépites (Demoliciones), de paysages marins déserts (Pacífico), de ballots ficelés (Amarrados), de bicyclettes (Bicicletas), d’architectures et de lieux populaires (Interiores, Billares, Color Popular). Mettant l’accent sur la qualité expressive de ses photographies, il accentue les contrastes entre ombre et lumière, joue sur le grain de ses tirages et intervient souvent sur ses photographies en les rehaussant au crayon ou à l’aérographe. Influencé par les effets de clair-obscur des films noirs américains et par le cinéma néoréaliste italien qu’il a découverts enfant, Fernell Franco confère à ses oeuvres une dimension cinématographique en y intégrant des éléments de narration et de temporalité. Prostitutas (1970) est l’une de ses plus célèbres séries : elle met en scène des femmes et des jeunes filles travaillant dans l’une des dernières maisons closes de la ville de Buenaventura. En choisissant le noir et blanc et en se servant du photomontage, Franco construit un récit qui décrit la vie quotidienne des prostituées dans toute sa véracité et évoque les forts sentiments de répétition et d’enfermement qui s’en dégagent. Les séries Interiores, Billares et Demoliciones explorent la rapidité de la modernisation, de l’urbanisation et de la destruction du centre-ville de Cali. Pour Interiores (série qui marque le début de sa collaboration avec Oscar Muñoz), Fernell Franco photographie les intérieurs autrefois majestueux ? des vieilles demeures abandonnées et transformées en logements pour les populations pauvres et réfugiées de la Violencia. Avec Billares, il cherche à capturer l’esprit des anciennes salles de billard de Cali, à un moment où ces importants lieux de sociabilité et de loisirs cèdent la place à des bars à cocktails « modernes ». Dans la série Demoliciones, le photographe pointe son objectif sur les bâtiments en ruines de Cali afin de rendre compte des violences liées aux cartels de la drogue qui engendrent des destructions massives du patrimoine architectural de la ville. En photographiant ces lieux chargés d’histoire, Fernell Franco évoque non seulement les violences et déplacements subis par la population colombienne mais également la difficulté de préserver la mémoire collective d’un pays. Contrairement à un grand nombre de ses contemporains dont l’œuvre photographique traduit directement la réalité sociale, les séries de Fernell Franco – au croisement de la photographie, du cinéma et de lapeinture – sont métaphoriques et quasi picturales. Repoussant les limites de cette photographie traditionnelle, l’artiste s’extrait du paradigme documentaire pour constituer une oeuvre singulière traduisant son expérience personnelle et subjective du monde contemporain.

GALERIE

  • Vue de l'exposition Fernell Franco Cali Clair-Obscur (6 février - 5 juin 2016). Photo : Luc Boegly.

  • Vue de l'exposition Fernell Franco Cali Clair-Obscur (6 février - 5 juin 2016). Photo : Luc Boegly.

  • Vue de l'exposition Fernell Franco Cali Clair-Obscur (6 février - 5 juin 2016). Photo : Luc Boegly.

  • Vue de l'exposition Fernell Franco Cali Clair-Obscur (6 février - 5 juin 2016). Photo : Luc Boegly.

  • Vue de l'exposition Fernell Franco Cali Clair-Obscur (6 février - 5 juin 2016). Photo : Luc Boegly.

  • Vue de l'exposition Fernell Franco Cali Clair-Obscur (6 février - 5 juin 2016). Photo : Luc Boegly.

  • Fernell Franco Série Galladas, 1970
    Collection privée, Paris © Fernell Franco

  • Fernell Franco Série Interiores, 1978
    Collection privée, Paris © Fernell Franco

  • Fernell Franco Série Interiores, 1978
    Collection privée, Paris © Fernell Franco

  • Fernell Franco Série Interiores, 1978
    Collection privée, Paris © Fernell Franco

  • Fernell Franco Série Color Popular, ca. 1980 Collection Leticia et Stanislas Poniatowski © Fernell Franco.

  • Fernell Franco Série Billares, 1985
    Collection Motelay © Fernell Franco

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