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Pour célébrer son trentième anniversaire, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente, du 25 octobre 2014 au 22 février 2015, deux expositions exceptionnelles.

Les Habitants
Une idée de Guillermo Kuitca
Avec Tarsila Do Amaral, Francis Bacon, Vija Celmins, Guillermo Kuitca, David Lynch, Artavazd Pelechian, Patti Smith

Tous les jours à 18h30 visite guidée des deux expositions avec le billet d'entrée.
Dans la limite des places disponibles.

Empruntant son titre au film du cinéaste arménien Artavazd Pelechian, Les Habitants propose une immersion au sein d’un espace pictural et sonore dans lequel Guillermo Kuitca met en scène un réseau de relations entre son œuvre et celles de Tarsila do Amaral, Francis Bacon, Vija Celmins, David Lynch, Artavazd Pelechian et Patti Smith. Avec cette exposition, Guillermo Kuitca offre un éclairage personnel sur l’histoire de la Fondation Cartier et la manière dont elle a, au fil des années, tissé des liens entre les artistes et les œuvres, créé des rencontres, inventé des ricochets d’un projet à l’autre.

C’est le living room, installation en 3D que David Lynch crée à partir d’un petit dessin pour son exposition The Air is on Fire en 2007 à la Fondation Cartier, qui donne à Guillermo Kuitca l’idée de ce projet. Pour ce dernier, dont l’œuvre est nourrie de références à l’espace théâtral, l’exposition The Air is on Fire aura été une expérience sensible déterminante.

Dans l’installation de Guillermo Kuitca, on redécouvre l’enregistrement sonore du concert de David Lynch et Patti Smith donné à la Fondation Cartier le 28 octobre 2011 dans le cadre de l’exposition Mathématiques, un dépaysement soudain. Alliance singulière de musique et de poésie qui réunissait pour la première fois sur scène ces deux artistes, cet événement incarne pour Guillermo Kuitca l’idée de réinterprétation qui sous-tend l’ensemble de son projet. Patti Smith revisite l’histoire écrite par David Lynch d’une antilope qui traverse la ville et observe les hommes. Un long poème troublant qui s’entend en écho au film d’Artavazd Pelechian, Les Habitants, également diffusé dans l’exposition. Véritable hymne à la nature sauvage, ce film met en scène des animaux lancés dans la fuite effrénée d’une menace invisible.

Peints dans des nuances infinies de noir, de blanc et de gris, les ciels étoilés de la peintre américaine Vija Celmins dialoguent avec les toiles de David Lynch et de Francis Bacon, saturées par la couleur et la présence du corps humain. Francis Bacon, référence incontournable chez David Lynch, agit ici pour Guillermo Kuitca comme un pivot entre les différents artistes réunis, déclencheur d'une réaction en chaîne entre les multiples forces en présence.
Le chef d'oeuvre de l'artiste brésilienne Tarsila do Amaral, Urutu (1928), en dialogue évident avec ces oeuvre picturales, résonne aussi de manière inattendue et puissante avec le film d'Artavazd Pelechian. La présentation exceptionnelle de ce tableau, véritable icône du mouvement anthropophage brésilien qui a marqué le lancement de la révolution moderniste au Brésil, rend hommage à une artiste majeure de la modernité artistique latino-américaine. D'une certaine manière, les nombreux artistes latino-américains accueillis à la Fondation Cartier, comme Beatriz Milhazes et Adriana Varejao, portent tous à des degrés divers l'empreinte de cette figure marquante

Toute l’installation de Guillermo Kuitca agit sur les sensations et les effets de perspectives, de résonances et de contrastes entre les œuvres : elle trouve un écho éclatant dans son propre travail, caractérisé par des références à la cartographie, aux intersections entre les lieux et les choses, aux territoires physiques, mentaux et émotionnels, et dans lequel la figure humaine brille par son absence. C’est bien cette idée de dialogue et de liens multiples entre les œuvres et les artistes qui anime toute l’exposition Les Habitants, résonnant d’une manière particulièrement originale avec l’histoire de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, faite de dialogues et de métissages inattendus entre des idées, des artistes et des œuvres.

Visuel : Guillermo Kuitca, étude préparatoire pour l'exposition Les Habitants, 2014 © Guillermo Kuitca

Suite

Guillermo Kuitca
Né en 1961 à Buenos Aires où il vit et travaille.
Dès les années 80, Kuitca aborde une série de thèmes - l’architecture, le théâtre, la cartographie - qui constitueront au fil des années les axes majeurs de son œuvre picturale. Des scènes de théâtres, des meubles, des plans, des cartes routières, composent une géographie personnelle associant pays imaginaires et lieux du quotidien, zones publiques et sphères de l’intime. Ses toiles apparaissent comme autant de variations autour des notions de temps et d’espace. Son exposition personnelle à la Fondation Cartier en 2000 réunissait plusieurs séries importantes dont la Neufert Suite, inspirée d’un livre de Ernst Neufert qui dresse l’inventaire de pièces de mobilier ou machines dessinés pour être placés dans des plans architecturaux ; L’Encyclopédie, d’après des planches des volumes de Diderot ; les Diarios, tondos réalisés au fil des mois comme autant de fragments d’un journal artistique personnel ; ou encore un ensemble de lits d’enfant dont les matelas sont peints de cartes routières. En 2007, il représente l’Argentine à la Biennale de Venise. C’est à cette occasion qu’il développe les peintures aux formes fragmentées et lignes brisées qui inspirent à l’artiste l’installation Les Habitants.
La collection de la Fondation Cartier conserve deux toiles importantes de Guillermo Kuitca dont Sans titre (1986) présentée ici.

Tarsila do Amaral
Capivari (Brésil), 1886 – São Paulo (Brésil), 1973.
Formée à la sculpture, au dessin et à la peinture à São Paulo, Tarsila do Amaral s’installe à Paris en 1916. Elle complète son apprentissage auprès de trois figures du modernisme français – Fernand Léger, André Lhote et Albert Gleizes – et se lie d’amitié avec de nombreuses personnalités de la scène artistique parisienne, notamment le poète Blaise Cendrars. De retour au Brésil en 1922, elle participe avec ses amis, artistes et poètes, Anita Malfatti, Oswald de Andrade, Mário de Andrade et Menotti del Picchia, à la Semana de Arte Moderna et à la formation du Groupe dit « des Cinq » qui se donne pour objectif d’intégrer l’héritage du modernisme européen tout en révélant la singularité de l’identité culturelle et artistique brésilienne : un enthousiasme formulé par Oswald de Andrade en 1928 dans son Manifeste anthropophage. La même année, le tableau Urutu de Tarsila do Amaral, peut se lire lui aussi comme un véritable manifeste par l’image. Le cobra, icône du mouvement anthropophage de par ses qualités de déglutition et d’ingestion, fait face à un oeuf, symbole du commencement ou du renouveau. La première exposition personnelle de Tarsila do Amaral a eu lieu à Paris en 1926, et au Brésil en 1929. Elle a participé aux Biennales de São Paulo en 1951, 1953 et 1963 et à la Biennale de Venise en 1964. En 1960, son oeuvre a fait l’objet d’une rétrospective au Musée d’art moderne de São Paulo.

Francis Bacon
Dublin (Irlande), 1909 – Madrid (Espagne), 1992
Francis Bacon commence à peindre au début des années 1930. Influencé à ses débuts par le surréalisme, il développe très rapidement un style qui marquera toute la peinture du xxe siècle. Figure isolée ou double, immobile ou en mouvement, l’Homme est le centre de son art. Ses sujets sont parfois empruntés à l’histoire de la peinture, comme le Portrait du Pape Innocent X peint par Velázquez ou encore les Autoportraits sur la route de Tarascon de Van Gogh. Inspiré par la technique cinématographique – il admire notamment le film d’Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine – il « découpe » ses toiles en séquences grâce à des polyptyques. Peintre de la souffrance humaine, Francis Bacon s’est attaché à représenter la chair dans son frémissement, sa palpitation,
sa vie.

Artavazd Pelechian
Né en 1938 à Leninakan, Arménie. Vit à Erevan
Considéré par Jean-Luc Godard comme « le plus grand cinéaste au monde », Artavazd Achotowitch Pelechian filme peu, mais réalise une œuvre unique et magistrale. Son œuvre a été découverte tardivement en Occident pour des raisons politiques. Depuis les années 60, il pratique ce qu’il nomme le « montage à distance », une technique qui est devenue sa marque.
La Fondation Cartier a présenté ses films dans le cadre des expositions un art populaire (2001) et Ce qui arrive (2002). Le film Notre Siècle (1982), qui appartient à sa collection, montage d’archives de la conquête spatiale, entrecoupées d’images des débuts de l’aéronautique, apparaît comme une longue méditation sur la conquête de l’espace. Son lyrisme, la tension qui naît du sentiment d’attente d’un accident imminent et inéluctable, se retrouvent dans le film Les Habitants qui constitue le cœur de ce projet et lui donne son titre.

Vija Celmins
Née en 1938 à Riga, Lettonie. Vit à New York
Fuyant avec sa famille les conséquences de la Seconde Guerre mondiale en Lettonie, Vija Celmins s’installe aux Etats-Unis en 1948. Ses premières peintures, réalisées au début des années 60, empruntent leur thème au quotidien : nourriture, vaisselle, appareils domestiques sont traités de manière hyperréaliste. Travaillant à partir de photographies, l’artiste interroge le pouvoir de la représentation. Depuis les années 70, elle s’oriente vers une création plus méditative et silencieuse : ciels nocturnes et étoilés, déserts, océans ou toiles d’araignée deviennent ses sujets de prédilection qu’elle décline avec méticulosité et de façon sérielle. En 1995, la Fondation Cartier présente une exposition personnelle de l’artiste. Plusieurs œuvres importantes font partie de sa collection : d’une part, le Night Sky 11 (1995), peint d’une facture précise et au raffinement extrême, qui invite le spectateur à une contemplation infinie, et d’autre part To Fix the Image in Memory XIII (1977-1982), qui juxtapose une vraie pierre en regard de son double façonné à l’identique en bronze peint, créant ainsi un trouble vertigineux né de cette parfaite illusion de réalité. Plus que la représentation de la nature, c’est la nature de la représentation que l’artiste questionne ici.

David Lynch
Né en 1946 dans le Montana, Etats-Unis. Vit et travaille à los Angeles
Internationalement reconnu, David Lynch a réalisé plusieurs long-métrages encensés par la critique comme Sailor et Lula, Palme d’or du Festival de Cannes 1990. Il est le plus jeune cinéaste à recevoir un Lion d’or pour la carrière, à Venise en 2006. Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie, David Lynch a aussi une pratique artistique prolifique, explorant de nombreux médiums tels que la photographie, la sculpture, la peinture, la gravure, le dessin et la vidéo expérimentale. Sa première exposition personnelle de grande envergure a lieu à la Fondation Cartier en 2007 et a permis à ses fans et aux amateurs d’art de découvrir des créations jusqu’alors méconnues du public. Cette exposition est aussi le début d’une relation longue et fructueuse qui se poursuit encore aujourd’hui. Depuis, la Fondation Cartier a acquis plusieurs œuvres de David Lynch pour sa collection, notamment la reconstitution grandeur nature d’un salon figurant dans un petit dessin, œuvre qui a inspiré Guillermo Kuitca pour son projet Les Habitants. En 2011, David Lynch est un des artistes majeur de l’exposition Mathématiques, un dépaysement soudain, pour laquelle il a collabore avec le mathématicien Misha Gromov et la chanteuse Patti Smith. Sa première exposition majeure dans un musée américain a eu lieu en 2014 à l’Académie des Beaux Arts de Pennsylvanie.

Patti Smith
Née en 1946 à Chicago, Illinois, États-Unis. Vit et travaille à New York
Patti Smith s’installe à New York en 1967 où elle rencontre des artistes et des écrivains tels que Robert Mapplethorpe, Sam Shepard, Brice Marden, Allen Ginsberg et William Burroughs. S’intéressant très vite à la poésie et à l’art, elle s’adonne durant tout le début des années 1970 à la peinture, à l’écriture et aux arts de la scène. Au cours des années suivantes, elle se consacre à la musique, associant rock’n’roll et performance poétique. Durant les années 1980 et 1990, parallèlement à ses créations musicales Patti Smith poursuit son travail artistique, mêlant dessin, photographie et écriture.
En 2008, Patti Smith a présenté à la Fondation Cartier pour l’art contemporain Land 250, une importante exposition personnelle réunissant Polaroids, dessins et films, permettant de découvrir son univers spirituel et poétique. Patti Smith a reçu les Insignes de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2005 et a été intronisée au Rock’n’Roll Hall of Fame en 2007. Son ouvrage autobiographique Just Kids a remporté le National Book Award de l’essai en 2010.

GALERIE

  • Vue de l'exposition Les Habitants, 2014.

  • Vue de l'exposition Les Habitants, 2014.

  • Vue de l'exposition Les Habitants, 2014.

  • Vue de l'exposition Les Habitants, 2014.

  • David Lynch dans l'exposition Les Habitants, 2014

  • Patti Smith dans l'exposition Les Habitants, 2014.

  • Guillermo Kuitca dans l'exposition Les Habitants, 2014.

  • Vue de l'exposition Les Habitants, 2014.

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